Jean-Baptiste Calvignac : le mineur qui a gouverné Carmaux pendant près de trente ans

L'hôtel de ville de Carmaux, où Jean-Baptiste Calvignac a siégé comme maire de 1892 à 1929
Photo : AirScott, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Jean-Baptiste Calvignac est né le 2 octobre 1854 à Carmaux, dans une famille de mineurs, et il y est mort le 2 avril 1934, à 79 ans. Entre ces deux dates, il a passé sa vie dans la même ville et dans la même industrie, celle du charbon, jusqu’à en devenir le maire pendant près de trois décennies. Son nom reste attaché à la cité minière, où le centre culturel lui est dédié.

De l’atelier au conseil municipal

Fils de mineur, Calvignac entre à 19 ans comme ajusteur à la Société des mines de Carmaux, l’entreprise qui a racheté la Compagnie fondée au XVIIIe siècle. Il travaille aux ateliers, à la réparation et au réglage des machines, un poste qualifié qui le met en contact avec les conditions de travail au fond comme en surface. Gagné aux idées républicaines et socialistes, il s’engage tôt dans l’activité politique et syndicale, avec une préoccupation qui revient dans tous ses combats : la sécurité au travail.

En mars 1883, quand se crée le premier syndicat des ouvriers mineurs de Carmaux, un an avant la loi Waldeck-Rousseau, Calvignac en fait partie. L’année suivante, à 30 ans, il est élu conseiller municipal de la ville. Huit ans plus tard, la liste socialiste l’emporte : le 15 mai 1892, il est investi maire de Carmaux.

Le maire que la mine licencie

La suite est restée dans les livres d’histoire. Le 2 août 1892, la Société des mines licencie son maire, en expliquant que l’exercice du mandat municipal nuit à son travail à l’atelier. Pour les mineurs, l’argument est intenable : c’est leur délégué syndical qu’on renvoie. Le mouvement de grève démarre le 15 août et ne s’arrête que le 3 novembre, avec 2 350 mineurs mobilisés sur les 3 000 que compte l’entreprise.

Jean Jaurès, dans La Dépêche, défend les grévistes ; le conflit local devient un enjeu national, avec l’envoi de la troupe, des condamnations à Albi et un arbitrage rendu en faveur de la Compagnie. Calvignac obtient finalement sa réintégration, la direction des mines perd son directeur Humblot, et le député Jérôme de Solages démissionne. Le siège laissé vacant ouvre à Jaurès l’entrée à la Chambre, en janvier 1893. Le détail de ce bras de fer est raconté dans notre article sur Jaurès et la grève de 1892.

Révoqué pour un an, puis rappelé

L’affaire n’était pas terminée. En février 1894, Calvignac est suspendu, puis révoqué pour un an, pour un impair dans la révision des listes électorales. Son adjoint Jean-François Mazens assure l’intérim. L’année suivante, pendant la grève de la verrerie de 1895, Mazens refuse de rendre son siège, et Calvignac ne retrouve la mairie qu’en 1896.

Il ne la quittera plus vraiment. Élu et réélu, il reste maire de Carmaux jusqu’en 1929, année où il quitte ses fonctions à 75 ans. Il aura vu la ville passer du charbon triomphant aux premières fissures de l’après-guerre, et il aura accompagné l’équipement du Carmaux ouvrier, des écoles aux sociétés de secours.

Ce que Carmaux a gardé de lui

La mémoire de Calvignac s’est logée dans le décor quotidien. Le centre culturel de la ville, installé dans l’ancienne clinique Sainte-Barbe, porte son nom. Sa petite-fille Jacqueline Escudier-Calvignac lui a rendu hommage dans le documentaire L’Épopée des gueules noires, diffusé sur France 2 en 2017 puis rediffusé sur France 3 en 2020. Les historiens ne l’ont pas oublié non plus : dès 1963, Rolande Trempé, spécialiste du monde minier, lui consacrait une étude publiée dans Le Mouvement social, à partir de ses propres mémoires de militant.

Pour un élu de 1892, la postérité est rare. Calvignac la doit à un parcours sans déplacement : né dans une famille de mineurs, ajusteur à 19 ans, syndicaliste, maire, et mort dans la même ville qu’il avait administrée pendant que les puits étaient encore ouverts.

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