L'église Saint-Privat de Carmaux, chantier de 1857 à 1865
Elle fait face à la mairie, de l’autre côté de la place de la Libération, et se voit de loin avec son clocher posé sur la croisée du transept. L’église Saint-Privat est la plus vaste de Carmaux. Elle a été bâtie en une dizaine d’années, au milieu du XIXe siècle, pour une ville que les mines faisaient grossir plus vite que ses murs. Son histoire dit beaucoup de la manière dont le Carmausin d’alors organisait son espace public, entre la famille de Solages, le conseil de fabrique et la municipalité.
1838, la vieille église devient trop petite
Carmaux comptait 2 520 habitants en 1816. Le développement des mines change tout : les corons, les ateliers et les commerces attirent une population ouvrière qui s’installe autour du bourg et sur l’autre rive du Cérou, où se construit le faubourg de Sainte-Cécile. L’église d’origine, plus modeste, ne suffit plus à contenir les fidèles.
Le conseil de fabrique, présidé depuis le 6 août 1835 par le comte Achille de Solages, obtient d’abord une troisième messe à 6 heures du matin. Puis il décide, le 3 février 1838, d’agrandir l’édifice. Huit ans plus tard, le 30 juin 1846, la même assemblée, réunie avec le maire M. Pailhès et le curé Anglès, tranche autrement : on ne réparera pas, on construira une église neuve. Le curé Anglès meurt avant que le chantier ne commence.
Un chantier de 1857 à 1865
Son successeur, l’abbé Jean, installé en 1856, bénit la première pierre trois ans plus tard, en 1859. La construction est confiée à MM. Rossignol et Sarny. En 1864, l’entrepreneur Sarny refuse de poursuivre, ce qui ouvre un procès entre lui et la commune. Les frères Vidal reprennent le chantier et l’achèvent.
L’ornementation intérieure démarre aussitôt, sous la direction de M. Nelli. Le maître-autel est posé, et en 1865 Mgr Lyonnet, archevêque d’Albi, vient bénir l’église, placée comme la précédente sous le vocable de saint Privat. Les travaux, eux, ne s’arrêtent pas là : ils se poursuivent jusqu’à la fin du siècle.
Vitraux, bas-relief et chemin de croix offerts par les Solages
La famille de Solages, propriétaire des mines, figure parmi les donateurs. Ses membres offrent des vitraux fabriqués à Toulouse, dont l’un, dans le chœur, représente le saint patron en mitre et crosse. En 1868, deux bénitiers sont placés dans le porche, avec deux grandes statues de saint Pierre et de saint Paul et un bas-relief figurant le martyre de saint Privat au-dessus de la porte intérieure. En 1870, le comte Gabriel de Solages donne un chemin de croix.
Le buffet d’orgue arrive plus tard. Le conseil de fabrique doit faire construire un encorbellement pour porter l’instrument dans la tribune du fond. L’orgue, vingt jeux complets fournis par la maison Pouget de Toulouse, est inauguré en septembre 1894. En 1901, l’abbé Nègre fait peindre l’intérieur, ce qui permet au diocèse de considérer l’église comme achevée.
Saint Privat, un patron dont on ne sait presque rien
Pourquoi saint Privat ? L’étude de l’abbé Rieunau, citée par l’association du patrimoine du Carmausin, reconnaît que rien de précis n’est connu. Privat fut évêque de Mende au IIIe siècle, mort martyr sous les Alamans. Une légende veut qu’il soit venu à Carmaux en sabots depuis son diocèse de Gévaudan ; une autre piste renvoie aux premiers fondateurs, peut-être originaires des Cévennes. L’église voisine de Sainte-Cécile, construite à partir de 1890 et consacrée en 1898, porte de son côté le nom de la patronne des mineurs.
Un parvis refait pour les piétons
Le grand escalier circulaire qui montait à l’église depuis la place a été démoli en 2025. Il était vétuste et coupait l’accès aux personnes à mobilité réduite. Le chantier a été mené avec la rénovation de la mairie et de ses abords. Le nouveau parvis se compose de deux volées de marches séparées par un palier relié au marché couvert, et d’une rampe d’accès. Le raccord avec le marché change l’usage : on peut désormais venir de la halle et n’avoir que quelques marches à monter.
L’église se visite aux heures des offices, et son parvis sert de repère dans le centre. Pour situer l’édifice parmi les autres monuments du territoire, notre page sur le patrimoine du Carmausin rassemble les sites de Carmaux, Monestiés et des villages alentour.
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