La centrale de la mine de Carmaux fonctionne de 1896 à 1988
Le charbon de Carmaux a fait tourner des machines avant d’éclairer des villes. Pendant près d’un siècle, la Société des mines de Carmaux a produit elle-même son électricité, dans trois centrales successives construites à quelques centaines de mètres les unes des autres. La première a démarré en 1896, la dernière a été raccordée au réseau en 1954, et l’ensemble a été désaffecté en 1988. Une partie des bâtiments est inscrite aux monuments historiques depuis 1990.
La première centrale, à Saint-Benoît-de-Carmaux
La première usine électrique est bâtie sur la commune de Saint-Benoît-de-Carmaux. Son bâtiment associe une structure métallique à un remplissage de briques de deux couleurs. Elle commence à produire en 1896, avec la mise en service du premier alternateur. Les groupes suivent : le premier en mars 1896, le deuxième en novembre 1897, le troisième en janvier 1900 et le quatrième en janvier 1901. Chacun développe 350 chevaux, soit 240 kilowatts.
L’électricité remplace alors un grand nombre de machines à vapeur fixes. Au fond des galeries, elle fait tourner les pompes d’épuisement, les treuils, les ventilateurs et la traction des convois de wagonnets. Au jour, elle actionne les machines d’extraction qui remontent les cages à chaque puits, supprime l’éclairage au gaz des bâtiments de la société, remplace la défourneuse à vapeur de l’usine à coke et les machines de l’usine d’agglomérés, de briquettes et du lavoir.
Vingt-quatre mille kilowatts au Pré-Grand
La deuxième centrale est bâtie de 1913 à 1919, à 600 mètres de la première, dans la zone du Pré-Grand, sur la commune de Carmaux. Elle est conçue pour la basse pression et affiche 24 000 kilowatts de puissance. Le chantier emploie en partie de la main-d’œuvre féminine, la plupart des hommes étant au front pendant la Première Guerre mondiale.
La nouvelle usine distribue le courant à 5 000 volts vers les sièges, où il est transformé en continu 500 volts pour la traction au fond et au jour, ou en alternatif 240 volts. Un poste de transformation 5 000 volts et 60 000 volts est achevé en 1929. La production moyenne atteint 24 000 mégawattheures par an. Les mines en restent le premier consommateur : l’excédent est vendu par contrat à la Société pyrénéenne d’énergie électrique et à l’Union des producteurs des Pyrénées-Orientales.
L’incendie de 1926
Le 13 novembre 1926, l’huile de graissage d’un turbo-alternateur s’enflamme et détruit la toiture du bâtiment des machines. Les machines elles-mêmes ne subissent pas de dégâts sérieux. Un groupe est remis en marche le 18 novembre, un deuxième le 21, un troisième le 23. Seul le quatrième, à l’origine de l’accident, exige une révision complète. La toiture est refaite avant la fin de l’année.
La centrale de 1954 et la fin
La troisième centrale est construite à proximité de la deuxième, pour réutiliser les voies ferrées, le parc à combustible, les lignes électriques et l’alimentation en eau déjà en place. Haute pression cette fois, elle est édifiée de 1949 à 1954, année de son raccordement au réseau, et développe 25 000 kilowatts. Le bâtiment principal culmine à 50 mètres.
Un groupe turbo-alternateur Alsthom y tourne à 3 000 tours par minute. Sa turbine reçoit de la vapeur surchauffée à 500 degrés et 65 kilos par centimètre carré, produite par deux chaudières mixtes alimentées au charbon pulvérisé et au gaz de la cokerie. Il entraîne un alternateur principal de 25 000 kilowatts à 10 000 volts et un alternateur auxiliaire de 2 500 kilowatts à 3 000 volts. Le courant à 10 000 volts alimente, après transformation, les quatre puits, le lavoir, l’usine de synthèse de l’ammoniac, la cokerie, les bureaux et les cités minières. Une autre partie part à 60 000 volts chez EDF, qui achète le surplus.
Les installations ont été désaffectées en 1988. Deux ans plus tard, un arrêté du 6 septembre 1990 inscrit aux monuments historiques la salle des machines dans son ensemble, les façades et toitures de l’annexe électrique, de la conciergerie, des bureaux et de la maison de l’ingénieur, ainsi que le mur de clôture. Les chiffres du site viennent d’une étude de l’ingénieur Charles Pérès parue en 1900, reprise en 1964 dans la revue Mineurs d’Aquitaine.
Le paysage après le charbon
La mine a laissé derrière elle un paysage qui se parcourt aujourd’hui à pied et à vélo. Les plans d’eau du Carmausin ont remplacé les puits et les terrils, et les circuits balisés passent là où circulaient les wagonnets. Faire le tour du lac de la Roucarié reste l’une des marches les plus accessibles du secteur : les itinéraires de promenade autour de Carmaux et de ses communes sont rassemblés dans nos balades du Ségala Carmausin.
La centrale, elle, est restée debout : ses bâtiments de briques racontent une époque où l’énergie d’un bassin entier sortait d’un seul site.