La cité-jardin de Fontgrande, où les mines de Carmaux logeaient leurs mineurs

Maisons de l'ancienne cité ouvrière de Fontgrande, à Saint-Benoît-de-Carmaux
Photo : Melaine, CC BY-SA 2.0 (Wikimedia Commons)

Depuis la route de Carmaux, on voit d’abord une colline, puis une rangée de maisons basses alignées sur la crête, chacune avec son jardin. Fontgrande n’est pas un village ordinaire : c’est une cité-jardin construite par la Société des Mines de Carmaux pour loger ses mineurs. Un siècle plus tard, elle est toujours habitée, et reste l’un des témoignages les plus complets de l’époque où le charbon organisait la vie du Carmausin.

Un hameau pour fixer la main-d’uvre

Après la Première Guerre mondiale, la France reconstruit et l’industrie réclame du charbon. Les mines du Carmausin manquent de bras : les travailleurs étrangers sont repartis, et les paysans du secteur retournent à leurs champs dès les moissons. Pour fixer les familles, la Société des Mines choisit de construire. En 1919, son cabinet d’études dessine une cité ouvrière sur les terres du domaine de Fontgrande. Au début de l’année 1920, Ludovic de Solages cède à la société les 24 hectares de son domaine agricole, situé de part et d’autre de la route de Saint-Benoît à Carmaux, et le plan topographique de la colline est dressé le 20 janvier 1920. Les plans les plus anciens, datés de la fin de 1919, prévoyaient une église au centre. En octobre 1928, le conseil d’administration y renonce, et c’est un groupe scolaire qui sera finalement élevé à cet emplacement, en 1930.

Des maisons doubles et un jardin de 320 mètres carrés

La construction démarre en 1920, par 63 maisons bâties en béton de mâchefer, un matériau qui ne sera plus utilisé ensuite. Le coût des matières premières interrompt le chantier en 1922. Il reprend en 1923, et se poursuit par campagnes jusqu’en 1932. À cette date, la cité compte 132 maisons doubles et 13 maisons simples, soit 277 logements, plus un groupe scolaire prévu pour 800 enfants.

Le logement type est un T4. Au rez-de-chaussée, un porche donne accès à une salle commune côté rue et à la chambre des parents à l’arrière ; sur le côté, un appentis rassemble la cuisine, la salle d’eau et les toilettes. Le jardin s’étend en pente sur environ 320 mètres carrés, de quoi faire un potager et planter quelques fruitiers. Chaque maison dispose aussi d’un poulailler et d’un clapier. Le loyer mensuel était de 50 francs en 1921, et deux gardes, logés sur place, faisaient respecter le règlement intérieur.

Une organisation pensée jusqu’au ménage

La cité ne s’arrêtait pas au logement. Deux places centrales accueillaient les commerces et l’école, de vastes espaces verts étaient conservés à l’est et à l’ouest, et un centre familial ménager ouvre à partir de 1927 dans l’une des maisons, pour former les épouses de mineurs à la tenue du foyer. Des ateliers de tapis, de tricotage, de brosserie et de cannage y occupent des jeunes filles de mineurs. Le tout a coûté un peu plus de dix millions de francs.

Les conditions d’admission étaient strictes : famille nombreuse, qualification professionnelle, bon état d’esprit. Les familles sont arrivées des Asturies, de Westphalie, de la plaine du Pô ou des faubourgs de Cracovie, et la cité a vécu en relative autarcie jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. En 1946, la nationalisation des mines met fin à la dynastie des Solages et à la gestion paternaliste.

Ce qu’il en reste

Aujourd’hui, la plupart des maisons sont toujours des logements sociaux, gérés par un bailleur. La commune de Saint-Benoît-de-Carmaux a intégré l’ancienne cité-jardin à son plan local d’urbanisme, et le périmètre de protection de l’école, protégée au titre des monuments historiques, doit à terme englober l’ensemble du site. Quelques maisons menacées ont été achetées et remises en état par la commune, qui entretient aussi les espaces publics. Le passé minier, lui, se lit encore dans le tracé des rues, posé sur les courbes de niveau, et dans les jardins qui descendent vers le vallon.

Le conseil du guide : montez à Fontgrande en fin de journée, quand la lumière tombe sur les façades et que les jardins travaillés se détachent du reste. La colline domine la route de Carmaux, et l’on mesure mieux, depuis la crête, ce que représentait ce hameau pour la mine. Pour comprendre ce qu’était le travail au fond, l’histoire minière du Carmausin complète la visite.

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