Histoire minière du Carmausin : deux siècles et demi de charbon autour de Carmaux
Le charbon a occupé ce coin du Tarn pendant près de deux siècles et demi. Autour de Carmaux, de Blaye-les-Mines à Cagnac-les-Mines, on l’a tiré du sol de 1752 à 1997 : le bassin houiller de Carmaux est réputé le plus ancien bassin minier de France. Il en reste une mémoire vivante, faite de chevalements restaurés, de musées et d’une histoire sociale qui fit de Carmaux un symbole national.
1752, la verrerie qui lance tout
Le charbon affleurait autour de Carmaux et s’y ramassait de longue date. Tout change quand la famille de Solages décide d’en consommer sur place. En 1748, Antoine-Paulin de Solages obtient la concession des mines ; son frère Gabriel-Charles obtient le 2 mai 1752 celle d’une verrerie à bouteilles, bâtie dans son domaine de Blaye et inaugurée le 2 mai 1754. Le 12 septembre 1752, une décision royale l’autorise à exploiter les mines.
Au fond, la technique évolue lentement : des machines à molette actionnées par des chevaux remontent le charbon, puis, à partir de 1834, des rails et des wagonnets remplacent les porteurs, enfants compris.
L’âge des compagnies
En 1856, pour financer la voie ferrée qui doit relier Carmaux à Albi, l’entreprise familiale se dissout au profit de la Compagnie des houillères et du chemin de fer de Carmaux-Toulouse ; le premier train circule le 9 novembre 1857. Le 31 juillet 1873, l’affaire devient la Société des mines de Carmaux. En 1883, 2 060 mineurs travaillent au bassin, deux fois plus qu’en 1869, et la compagnie bâtit des logements près du Cérou.
Les puits se succèdent alors : la Grillatié (1833-1969), Cagnac-les-Mines (1890-1979) sur le site de Campgrand, Sainte-Marie (1897-1973) et la Tronquié (1880-1987).
La grève de 1892 qui fait entrer Jaurès
En 1883, après une première grève en février, naît le premier syndicat des mineurs de Carmaux. Neuf ans plus tard, le 2 août 1892, la Société des mines licencie Jean-Baptiste Calvignac, maire socialiste de Carmaux depuis le 15 mai. Les mineurs se mettent en grève, envahissent le parc de la direction, des arrestations suivent. Jean Jaurès défend les grévistes dans La Dépêche du Midi. Peu après, le directeur des mines Humblot et le député Jérôme de Solages démissionnent, la grève cesse le 3 novembre 1892, et en janvier 1893, Jaurès est élu député de Carmaux. La ville reste depuis un emblème du socialisme.
La verrerie connaît son propre drame. Passée en 1862 au Toulousain Eugène Rességuier, elle emploie 300 ouvriers en 1882. Après la grève des verriers de 1895 et le lock-out qui met 1 200 ouvriers au chômage, les verriers, soutenus par Jaurès et une souscription nationale, ouvrent en octobre 1896 à Albi une verrerie autogérée, la future Verrerie ouvrière d’Albi.
La nationalisation, puis la longue fin
La loi du 17 mai 1946 nationalise les houillères : les mines passent aux Charbonnages de France, gérées par les Houillères du bassin d’Aquitaine à partir du 1er janvier 1947. Le 24 novembre 1965, un coup de poussier tue douze mineurs au puits de la Tronquié, l’accident le plus grave du bassin. Les fermetures s’enchaînent : la Grillatié en 1969, Sainte-Marie en 1973, Cagnac en 1979, puis la Tronquié, dernier puits en activité, en août 1987.
Reste l’immense découverte de Sainte-Marie, ouverte à ciel ouvert en 1985. Elle cesse son activité le 30 juin 1997, et sur ses 700 hectares naît le parc de loisirs de Cap’Découverte, dont notre page patrimoine raconte la reconversion.
Ce qu’on en voit aujourd’hui
Le paysage garde des traces à visiter : le chevalement du puits Sainte-Marie, dressé près de la mairie de Blaye-les-Mines ; le musée-mine de Cagnac, installé sur les puits de Campgrand, où l’on descend dans des galeries reconstituées par d’anciens mineurs ; la statue de Jean Jaurès, place Jean-Jaurès, inaugurée en 1923, détruite par un attentat en 1981 puis reconstruite.
Pour situer ces lieux, notre guide du patrimoine fait le tour des sites, la page des villages les replace dans leur cadre et nos balades suivent le chemin des mineurs. Devant les machines géantes de Cap’Découverte, les enfants comprennent enfin qui a creusé le trou : la page sorties en famille détaille ce programme.
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